Mon travail s’est toujours initié dans une recherche performative, qui peut parfois donner naissance à une vidéo ou une photographie. Il s’agit toujours de vivre les choses avant de les écrire.

Qu’importe la façon dont je l’appréhende, que ce soit mon corps ou celui de l’Autre  — organe communiquant, objet d’une théâtralité de la vie sociale, organisme animal, ou simple volume soumis aux contraintes de l’espace qu’il occupe — l’expérimentation physique est à la base de toute réflexion.

Le corps est la source, l’outil et l’objet du travail. C’est d’ailleurs lui qui détermine la temporalité des œuvres filmées, qui se déroulent presque exclusivement en temps réel et en plan séquence et dont les durées sont assujetties à ses limites physiques.

Ce qui peut sembler curieux c’est que bien souvent, même si le mouvement est réel, le temps n’en est pas moins abstrait.

Mes personnages (car il s’agit bien de personnages) sont coupés du monde, réfugiés dans des discours ou des actions illusoires. Ils ne semblent trouver leurs présences que dans la contrainte des corps, dans ce qu’elle a d’absurde, de tragique. Seuls face à eux-mêmes, leurs assises dans le réel s’effritent, ils cherchent leurs rôles, leur raison d’être.

 

Malgré la forme quasi systématique de l’autoportrait dans mon travail, on n’y trouvera jamais rien d’autobiographique. Le narratif en a toujours été exclu par je ne sais quel miracle.
Il n’en demeure pas moins que la mise en représentation de son propre corps a quelque chose de jouissif, d’égocentrique mais surtout de profondément ridicule.

Il y a toujours de l’absurde dans mes réalisations, dans la mécanisation des corps, l’inversion des espaces, les protocoles de mise en scène.